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Motiver le travailleur

[ Modifier ] * Proposé par (... et vous?)* Dernière modification le 26 Novembre 2007 à 13h44
La tentation du « loft management »
Stéphane Haefliger
Forcené au point d'en être légèrement inquiétant, l'optimisme de rigueur dans l'univers de la consommation se retrouve dans l'entreprise. On ne consomme pas pour assurer sa subsistance, mais pour communier dans le mythe d'un progrès incessant et providentiel, pour afficher les signes du bonheur et de la réussite ; on ne saisit pas une offre d'emploi par nécessité, mais pour prendre part à une « grande aventure », « se réaliser », « se dépasser ». Né des recherches d'Elton Mayo dans les années 1930, le management participatif, à travers les « boîtes à idées » et autres « cercles de qualité », cherche à enrôler jusqu'au tréfonds des individus au service du dessein patronal, et leur interdit de conserver la moindre distance critique vis-à-vis de leur gagne-pain - une mutation qui, lorsqu'elle se généralise, dans les années 1980, plonge les syndicats dans un désarroi durable.

Alors même qu'ils peuvent être licenciés du jour au lendemain, les salariés sont donc invités à s'identifier totalement à l'entreprise. Plus les richesses créées désertent leurs poches, et plus la culture interne nie les intérêts divergents, voire antagonistes, du capital et du travail, pour mettre en scène la poursuite exaltante d'un but commun. Plus le travail se fait rare, précaire, pénible et mal payé, plus il est censé combler à lui seul toutes les aspirations existentielles des individus. Mais la peur du chômage - et, peut-être, l'absence d'idéal alternatif - limite les possibilités de rébellion. Elle dispense aussi les employeurs de précautions excessives : la surveillance - optimisée par les nouvelles technologies -, les entretiens inquisiteurs, les règlements tatillons, laissent souvent leurs cibles sans illusions sur leurs réelles possibilités d'« épanouissement » dans ce contexte.

dm_cercle