C'est a un accident que l'on doit l'information : la police de la zone Bruxelles-Nord (Schaerbeek, Evere, Saint-Josse) continue à tester un drone, à des fins d'observations et de photos aériennes, ainsi que l'a signalé « La Dernière Heure » du 4 décembre. L'appareil, une sorte de mini-hélicoptère sans pilote équipé d'une caméra orientable, s'est écrasé à Peutie, dans le Brabant flamand, lors d'essais en vol.
Les habitants de Bruxelles seront-ils sauvés de Big Brother grâce au « clilmat » de leur ville ? De ses expériences, la police a conclu qu'en milieu urbain, le microdrone est très sensible aux corridors de vents, capricieux ou violents, générés par les buildings élevés. Néanmoins, que les bonnes gens se rassurent, l'accident ne remet pas en cause le programme qui n'est pas du tout abandonné et que la zone de police a bien l'intention de poursuivre. Le drone devrait d'ailleurs être réparé d'ici la fin de l'année.
Un drone au-dessus de Bruxelles : une info discrète
Lorsque l'info est sortie pour la première fois (soit près de cinq mois après le début des tests), elle n'a eu l'honneur que d'une brève, tant dans « Le Soir » que dans « La Libre » du 25 juin 2007. Pourtant les tests d'un drone silencieux par la police de Bruxelles-Nord ne relèvent pas du fait divers. Que ce minuscule avion sans pilote circule au-dessus de Bruxelles n'est pas innocent : la ville abrite le parlement et le palais royal. Mais aussi les institutions européennes, l'Otan et biens d'autres lieux sous haute sécurité.
A quoi pourrait servir un tel appareil, équipé d'une caméra infrarouge ou d'un appareil photo ? Réponse : au maintien de l'ordre sur une manifestation, à l'observation pour une perquisition, à une descente sur un chantier pour traquer des travailleurs au noir...
Les images captées en altitude sont instantanément envoyées au sol, sur un ordinateur portable ou dans une paire de lunettes spéciales portées par un policier. L'opérateur peut se trouver jusqu'à 500 mètres de l'appareil, qui peut voler de jour comme de nuit en émettant à peine 65 décibels... Parfait pour l'observation en toute discrétion...
Actuellement, la police de la zone Bruxelles-Nord est la seule en Belgique à tester le drone fabriqué à Lokeren par la Division Orbit Geospatial Technologies d'Eurotronics. Mais si les tests de ce drone devaient s'avérer concluants, il y a fort à parier que l'on voit se multiplier ce genre de coucous, tant à Bruxelles que dans les villes importantes comme Liège, Charleroi, Anvers, Gand... Manifester, entre autres auprès des institutions démocratiques installées à Bruxelles, deviendra-t-il un acte surveillé par un oeil céleste ?
Quand on sait que ces bestioles coûtent, de surcroît, près 25.000 euros, il y a vraiment de quoi avaler de travers.
Au Royaume-Uni, aussi
Début juin, l'état major du Merseyside au Royaume-Uni a, lui aussi, lancé un drone au-dessus de la ville de Liverpool, dans le cadre de la lutte contre la criminalité. Les tests devaient durer trois mois avant une possible mise en place définitive.
Avec son mètre de diamètre et son poids plume ce drone patrouilleur était à l'origine destiné à des fins militaires. Petit, capable de prendre des clichés d'une altitude de 500 mètres, ce drone est de surcroît ultra silencieux et possède des capacités de vision nocturne. A haute altitude ou de nuit, il est donc indétectable à l'oeil nu et à l'oreille. L'espion rêvé... D'autant plus que l'engin peut être contrôlé à distance grâce à une télécommande ou encore grâce à un système de navigation pré-programmé et géré par GPS.
Plus inquiétant encore, la gendarmerie locale planche d'ores et déjà sur un système d'armement embarqué. Qui serait visé ?
En France, également
Au même moment, le policier du ciel est testé en France, comme l'indiquait « Le Figaro » du 28 avril 2007. L'appareil a été imaginé par Antoine Di Zazzo, le directeur général de... Taser France. Tout se recoupe dans le domaine du contrôle de la population : c'est Taser qui a équipé policiers et gendarmes français des pistolets électriques.
L'engin vole à 80 km/heure, jusqu'à 9 000 pieds d'altitude. Et est stable, même en période venteuse. Quant à ses caméras thermiques, elles peuvent repérer une variation de température de 5 degrés à 235 mètres de hauteur. Buts déclarés du drone français : rechercher des disparus à la campagne ou en mer, surveiller les chauffards. Cet appareil est donc adaptable à la surveillance tout court. Autre info pertinente dans la période de tensions sociales que l'on connaît : le drone est aussi sensible à la moindre fumée et pourrait aussi survoler les cités en cas de violences urbaines. Selon le « Figaro », les concepteurs devaient se rendre « dans le désert du Nevada, afin de mener des tests avec le Pentagone. Objectif : embarquer des poudres ou des gaz hilarants qui seraient largués sur des émeutiers... » Les gaz ne sont pas nécessaires : rien que comme ça, il y a de quoi rire... jaune.
L'engin est désormais présent en Seine-Saint-Denis.
La porte s'ouvre lentement sur le cauchemar de « 1984 »
« De tous les carrefours importants, le visage à la moustache noire vous fixait du regard. Il y en avait un sur le mur d'en face. BIG BROTHER VOUS REGARDE, répétait la légende, tandis que le regard des yeux noirs pénétrait les yeux de Winston... Au loin, un hélicoptère glissa entre les toits, plana un moment, telle une mouche bleue, puis repartit comme une flèche, dans un vol courbe. C'était une patrouille qui venait mettre le nez aux fenêtres des gens. Mais les patrouilles n'avaient pas d'importance. Seule comptait la Police de la Pensée. » (George Orwell, « 1984 »)