RésistanceS, journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite, s'est régulièrement penché sur les précédentes « zizanies » apparues dans ce parti qui pourtant se présente comme la seule force unie contre les partis du pouvoir. L'avenir de celui-ci est-il désormais menacé ? Une évidence : le VB est en déclin...
Comme au Front national belge hier, la présidence du Vlaams Belang est l'enjeu aujourd'hui d'un important conflit interne
La crise actuelle qui sévit à l'intérieur même de la direction du Vlaams Blok / Belang (VB) relève d'une importance capitale et fait suite à un long processus de déstabilisation entre deux clans distincts. Celui conduit par son président, Frank Van Hecke, et sa nouvelle compagne, la députée Marie-Rose Morel, contre celui conduit par Filip Dewinter et Gerolf Annemans, les numéros 2 et 3 du parti d'extrême droite flamand.
Pragmatiques contre purs et durs
Cette zizanie a officiellement pour raison la future élection présidentielle interne. Frank Van Hecke souhaite rester le président du VB. Il l'est depuis... 1996. Mais, il est surtout considéré de plus en plus comme trop proche des « pragmatiques » de la formation nationaliste séparatiste. Ces pragmatiques souhaitent voir le VB se « démocratiser » en adoptant un style moins extrémiste. Objectifs : faire sauter le « cordon sanitaire » qui diabolise le VB et l'établissement ensuite d'accord électoraux (pré ou post) avec les autres partis de droite (Open VLD, CD&V, NV-A), d'abord au niveau communal, puis régional. Leur modèle : l'Alliance nationale italienne, prolongement « libéral » du Mouvement social italien (MSI), l'ex-parti national fasciste historique. Dewinter et Annemans représentent pour leur part les héritiers du « noyau pur et dur » du parti.
La crise interne actuelle est la confirmation de la situation défavorable dans laquelle le VB se trouve désormais : son ascension électorale - systématique à chaque scrutin - a été stoppée nette aux élections communales de 2006 puis lors des dernières élections législatives de juin passé. Notamment pour deux raisons :
- Le VB est un vieux parti d'opposition (il a été fondé en 1978) qui est de plus en plus banalisé dans le paysage politique.
- Cette présence continuelle dans l'opposition est aujourd'hui concurrencée par la NV-A et la Lijst Dedecker, deux formations nationalistes qui paraissent bien plus crédibles aux yeux d'électeurs protestataires, xénophobes et poujadistes. Crédibles parce que leur chance d'être au pouvoir (en coalition) est possible. Ce qui est d'ailleurs le cas pour la NV-A ici et là.
Le curseur d'attraction dont bénéficiait le VB depuis la fin des années 1980 semble aujourd'hui s'être déplacé. Et la perde de son leadership en la matière le déstabilise de l'intérieur.
Premiers craquements
Le phénomène est connu en sciences politiques (mais aussi en psychologie) : lorsque que le danger extérieur devient réellement menaçant et l'alternative pour s'en prémunir absente, c'est de l'intérieur que les premiers craquements annonçant une fin politique s'observent.
Il est dès lors bien possible que le VB, comme le Front national français ou le FPOe autrichien, connaisse prochainement un réel reflux de sa force de frappe. Et une réduction de son poids sur l'échiquier politique. Sa taille devrait, elle aussi, diminuer. Le rêve de devenir un parti de masse pourrait se transformer en mauvais rêve pour ses dirigeants. Le VB va-t-il connaitre des scores électoraux en sens inverse ? Désormais, c'est bien possible.
Manuel Abramowicz