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Les mails de Thierry

[ Modifier ] * Proposé par (... et vous?)* Dernière modification le 27 Février 2008 à 11h27
Un journal alternatif avec des articles sélectionnes avec soin parmi les dédales de l'information planétaire...
La langue politiquement correcte contribue à l'édification d'un vaste discours anonyme qui discipline la pensée de tous, tout en faisant taire la singularité de chacun.
par :Isabelle CHEVALIER, Julien DOHET, Pierre EYBEN, Christian JONET et Olivier STARQUIT.

Elu à la tête de l’Etat cubain par la nouvelle Assemblée, le 24 février, pour un mandat de cinq ans, M. Raul Castro a succédé à son frère Fidel. Il a sollicité de l’Assemblée l’autorisation de /« consulter »/ son frère /« sur les décisions d’importance spéciale pour l’avenir de la nation, surtout celles liées à la défense, la politique étrangère et le développement économique du pays »/. Soumise à un vote immédiat, la proposition a été approuvée à l’unanimité et à main levée.

par Ignacio Ramonet

Ce jeudi 21 février, cela fera deux mois que la Belgique est sous le coup d’une alerte terroriste. Le projet d’évasion de Nizar Trabelsi, le statut international de Bruxelles, le verdict du procès de la « filière kamikaze » et, enfin, la visite du Président Musharaff ont été successivement invoqués pour justifier le maintien de cet état d’alerte.

Ligue des droits de l’Homme

Au-delà du tollé, totalement justifié, provoqué par la déclaration de Sarkozy sur la charge aux élèves de CM2 de perpétuer la mémoire des enfants juifs assassinés pendant la Shoah, il est nécessaire de tenter de comprendre les raisons de cette étrange proposition.

Mémorial 98

Le Kosovo vient de proclamer, ce 17 février, de manière unilatérale son indépendance. Cette décision, longtemps attendue, est présentée comme inéluctable après l’échec programmé des discussions entre Belgrade et Pristina. Parviendra-t-elle à calmer les tensions engendrées par le statu quo qui prévaut depuis l’instauration du protectorat international en 1999, ou ne risque-t-elle pas, au contraire, de rallumer tous les brasiers mal éteints de la région ? Et que sera le Kosovo de demain, « indépendant » mais sous contrôle, et sans aucune perspective économique viable ?

Jean-Arnault Dérens (diplo)

Les victoires, le 12 février, du sénateur John McCain dans la ville de Washington et dans les Etats de Virginie et du Maryland garantissent presque qu’il deviendra le candidat du parti républicain à l’élection présidentielle du 4 novembre prochain. Il se heurte encore à l’hostilité de nombreux conservateurs. Mais cette opposition ne semble plus présenter de danger majeur pour lui. Et elle ne signifie pas que le sénateur de l’Arizona soit un progressiste. Ni même un centriste…

Le Diplo

La décision du président de la République de « confier la mémoire » d’un des 11 000 enfants juifs (1) victime de la Shoah à chaque élève de CM2 suscite un vif débat. Outre le moment politique très particulier dans lequel elle intervient, cette initiative soulève notamment quatre questions de fond.

Le Diplo

Avec un humour noir fort involontaire, les Etats-Unis ont rendu hommage à l'ancien dictateur Mohammed Suharto, mort le 27 janvier.

(Monde Diplo)

Chaque jour, en lisant les journaux, je suis un cours d'Histoire.
Les journaux m'instruisent avec ce qu'ils rapportent et avec ce qu'ils taisent.
L'Histoire est un paradoxe errant. La contradiction met ses jambes en mouvement. C'est peut-être pour cela que ses silences en disent plus long que ses paroles et, souvent, ses paroles révèlent, en mentant, la vérité.

par Eduardo Galeano

BRUGES (Belgique), 15 mai 2002 (AFP) - Près de quarante ans après l'assassinat de Patrice Lumumba, le Belge Gerard Soete vient enfin de se défaire d'un lourd secret : une nuit de janvier 1961, dans une puanteur d'acide sulfurique et de cadavres écartelés, il fit disparaître le corps du martyr congolais.

par Emmanuel Delouloy

| Les erreurs statistiques de la Banque mondiale
La Banque mondiale vient de reconnaître avoir commis depuis des années une importante erreur statistique dans l’évaluation des économies de la Chine et de l’Inde. L’affaire n’a pas été médiatisée.Une fois rectifiées par elle même, les statistiques de la Banque mondiale contredisent le discours que cette institution tient depuis des années sur les bienfaits de la globalisation.

La nouvelle est presque passée inaperçue dans les grands médias généralistes : la Banque mondiale a reconnu en décembre 2007 avoir surévalué le produit intérieur brut de la Chine depuis des années. Voilà ce qui s’est passé.

Avec une somme fixe, disons 10 dollars, un consommateur lambda ne peut évidemment pas acheter la même quantité de biens à New York, à La Paz, à Kinshasa ou à Pékin. Afin de gommer ces différences et de comparer des montants de PIB comparables, la Banque mondiale utilise une conversion des montants concernés en parités de pouvoir d’achat (PPA).

La question est d’abord de savoir quels prix sont pris en compte. Et là, l’opacité est de mise. Comment le coût de l’accès à l’éducation ou aux soins de santé est-il intégré au calcul ? Quels biens et services de base interviennent réellement dans cette conversion ?

Toujours est-il que les prix (ou le coût de la vie) considérés par la Banque mondiale dans le cas de la Chine étaient inférieurs à la réalité. En décembre 2007, la Banque mondiale a donc reconnu que le poids de l’économie chinoise était en fait inférieur de 40 % aux précédentes estimations. Ce n’est pas rien. Ainsi, le PIB de la Chine exprimé en PPA pour 2005 serait de 5 333 milliards de dollars au lieu de 8 819 milliards avec l’ancienne estimation. La tendance est sans doute la même pour l’Inde, l’autre grande puissante asiatique émergente.

Mais s’agit-il réellement d’une simple erreur ? La Banque mondiale dispose de toute une batterie d’experts grassement rémunérés et tout à fait en mesure de détecter bien plus tôt une telle erreur. D’autant que la Banque mondiale est coutumière du fait : à plusieurs reprises déjà, ses estimations étaient erronées et cela permettait à ce fer de lance de la mondialisation néolibérale de faire passer en force ses exigences. Alors, dans le cas de la Chine, à qui profite le crime ?

Justement à la Banque mondiale et à ceux qui défendent le modèle économique dominant. Car cette surévaluation a des répercussions sur la croissance mondiale, qui ne serait que de 4,5 % au lieu des 5 % annoncés. Cet argument est souvent avancé pour expliquer qu’avec une telle croissance, les choses sont en train de s’améliorer dans le monde, preuve que le système actuel va apporter prospérité et bonheur…

Mais cette surévaluation a aussi de fortes répercussions sur le discours lié à la réduction de la pauvreté. Car selon la Banque mondiale toujours, le nombre de pauvres a baissé de 100 millions entre 1990 et 1999, grâce aux chiffres venant de Chine et d’Inde (- 200 millions) alors que ce nombre a augmenté sur les autres continents (+ 100 millions). Avec la réévaluation en cours, le nombre de personnes vivant avec l’équivalent de moins de 1 dollar par jour en Chine va augmenter de 200 millions environ. Si l’on fait le même travail en Inde, on se rend compte que le nombre de pauvres absolus dans le monde a en fait augmenté.

Non seulement c’est la crédibilité des études de la Banque mondiale qui est gravement mise en cause, mais c’est toute la logique même de son discours sur la réduction de la pauvreté et les bienfaits de la mondialisation néolibérale qui s’effondre.

par Damien Millet*, Éric Toussaint* du CATDM
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| Rugby Circus
Les matchs de rugby des années 1980 donnent l’impression d’avoir été filmés avec des caméras amincissantes. Cette impression n’est pas une illusion d’optique mais révèle le changement des gabarits. La coupe du monde de rugby 2007 a fait défiler de belles carrures où l’on remarque, parfois, un joueur aux mensurations communes. Dans une presse mobilisée pour le grand événement sportif, on a pu connaître les tailles et les poids des internationaux comme autant de préfigurations des performances sportives, à la manière des revues automobiles vantant les caractéristiques techniques des bolides de circuit. Toutes les équipes alignaient des avants de plus de 100 kilos de moyenne, l’équipe anglaise en tête avec 114 kilos, les Néo-Zélandais derrière avec 111,5 kilos, et seulement 103,5 kilos pour les « petits Français ». Ces gabarits, la violence du rugby, l’usage de casques et de protège-dents suffisent à susciter le terme de « gladiateurs » pour caractériser les joueurs. Avec la clameur obsédante des stades et des médias, la mise en scène aux allures de péplum, il est tentant de penser au jeux du cirque romains et à la classique condamnation de Juvénal : « Le peuple romain, qui en d’autres temps distribuait magistratures, faisceaux, légions, s’est fait plus modeste : ses vœux anxieux ne réclament plus que deux choses, son pain et le cirque » (Juvénal, Satires, X, 81).

Toutefois, le mépris du sport ou l’attitude puritaine de condamnation du plaisir en général sont vains devant une des activités les plus universelles de la planète, à en juger par l’écho des grandes compétitions et par les rêves d’enfants du monde entier qui connaissent mieux les champions que les chefs d’Etat. Si la professionnalisation rapproche le rugby des jeux du cirque romains, ce n’est pas seulement par la physionomie de ce sport, mais aussi par sa dimension économique aux perspectives alléchantes. Et par son versant politique, qui voit le prince présider et recruter le sélectionneur-entraîneur de l’équipe nationale comme secrétaire d’Etat. Cette évolution touche presque tous les sports à des degrés divers, même si elle est dans le rugby plus visible parce qu’elle a été plus rapide et plus récente.

Le rugby est longtemps demeuré un sport amateur. La pression exercée par M. Rupert Murdoch pour mettre sous contrat les joueurs a amené l’instance dirigeante mondiale, l’International Rugby Board (IRB), à concéder le passage au professionnalisme en août 1995. Immédiatement, le magnat australien acquit l’exclusivité des droits télévisés pour les pays de l’hémisphère sud. La création de la coupe du monde avait ouvert un nouveau réservoir d’images pour des chaînes de télévision avides. Depuis la première édition de 1987, en Nouvelle-Zélande, le budget a été multiplié par quarante. Loin des sommets du football, avec 1,8 milliard d’euros pour la Fédération internationale de football (Fifa), les droits télévisés de l’IRB ont crû vertigineusement, avec 130 millions d’euros pour la coupe du monde 2007. Aux yeux de ses gestionnaires, le rugby dispose donc d’une grande marge de progression. D’ailleurs, les compétitions se sont multipliées pour engendrer les recettes : coupe du monde, coupe d’Europe des clubs, Top 14 et Super 12...

L’influence de l’économie sur le jeu est si grande que les règles du rugby ont été changées pour rendre les matchs plus intelligibles (plus télégéniques), et donc plus accessibles aux profanes. Questions d’arrangements de détail, comme le choix des couleurs de maillot pour se plier aux exigences de la télévision, de durée de la mi-temps pour laisser des écrans publicitaires, mais aussi de règles du jeu. Mais il est d’autres conséquences de la marchandisation. En devenant un métier, le rugby est devenu un travail pas tout à fait comme les autres. En sport, pas de code du travail. Avec l’impératif de la performance, le surmenage est la règle qui sollicite les organismes à l’extrême. Les joueurs n’ont pas ces qualités athlétiques sans recourir massivement à la musculation. Toute la physionomie du jeu en a été changée. La masse et la rapidité des joueurs ont progressé. Le rugby induit des contacts physiques rudes et nombreux : un match international donne lieu à près de deux cents contacts par avant, plaquages, mêlées ouvertes ou fermées, etc. L’entraînement et la compétition exigent plus d’efforts tandis que les progrès de puissance des athlètes soumettent les corps à rude épreuve. Aussi les pathologies augmentent-elles : usure précoce des cartilages, dérèglements hormonaux et multiplication des lésions. Le sport de haute compétition s’est écarté depuis longtemps de l’idéal de santé que le discours officiel revendique encore.

Avec les gains de performance, le soupçon du dopage surgit inévitablement. Le cyclisme, sollicitant considérablement l’endurance et très tôt converti au professionnalisme, en a été la pointe avancée. Désormais, le phénomène touche également des sports amateurs aussi inattendus que le cyclotourisme. Particulièrement exigeant sur le plan athlétique, le rugby est forcément concerné. Dans le huis clos des préparations,des entraîneurs appellent leurs joueurs à prendre du poids avant les grandes échéances internationales. Or comment gagne-t-on autant de muscle ? Les haltères n’y suffisent pas, et l’usage d’hormones thyroïdiennes, à l’exemple des culturistes, n’est pas prohibé. Dans certains pays, comme au Royaume-Uni, la créatine est très banalement utilisée. Et pour des produits tels que les stéroïdes ou l’EPO, rigoureusement interdits, les contrôles ne sont guère sévères. Il a fallu les quarts de finale de la coupe du monde 2007 pour que des joueurs soient soumis à des tests sanguins. Mais comment échapper au dopage quand de telles sommes sont en jeu ?

L’argent des droits télévisés, des contrats publicitaires avec les marques et des produits dérivés ne profite pas également à tout le monde. La répartition est opaque entre l’IRB, qui reçoit l’essentiel des recettes de la coupe du monde, la Fédération française de rugby, qui contrôle celles des matchs de l’équipe de France, et la Ligue, qui engrange celles des équipes professionnelles. De leur côté, les clubs amateurs gardent la billetterie du dimanche. Si les premiers s’enrichissent, les autres deviennent de plus en plus pauvres. Les petits clubs sont alors invités par les instances fédérales à fusionner, comme des entreprises. Le sélectionneur Bernard Laporte emploie les mots du « réalisme » économique : « C’est un des incontournables de notre société, c’est un passage obligé, il faut fusionner. C’est évident. Le regroupement, il existe dans le monde de l’entreprise, dans le monde de l’économie, il existe partout, pourquoi il n’existerait pas dans le monde du sport (1) ? » Dans l’économie mondialisée du sport, les principes de l’idéologie managériale ont pénétré le rugby.

Les directions d’entreprise sont friandes de séminaires animés par des sportifs de renom. M. Laporte en tire 300 000 euros annuels, auxquels s’ajoutent 600 000 euros de contrats publicitaires, soit davantage que n’importe quel joueur (2). Chacun suggère que l’affinité serait naturelle entre l’univers du sport et celui de l’entreprise : compétition, effort, solidarité, volontarisme – l’entreprise est une équipe, l’équipe est une famille. La communication d’entreprise a également envahi la politique, où l’on va « chercher » un point de croissance comme on va chercher des points sur un terrain de sport. Ce ne serait qu’un moindre mal, auquel les passionnés s’adapteraient, si l’économie ne menaçait le sport lui-même. Il est déjà manifeste que la financiarisation engendre des situations oligopolistiques – comme dans le football européen, où les mêmes clubs se partagent invariablement les trophées –, transforme la compétition sportive en compétition économique fermée et prive les rencontres de leur principe d’incertitude.

En voyant ces interminables phases de jeu au sol et des joueurs repiquer au centre pour percuter l’adversaire comme s’ils étaient mus par un inéluctable tropisme, les joueurs et le public subissent les lois de l’économie. L’usage entrepreneurial du rugby lui emprunte une partie de sa culture : valeurs de solidarité, d’effort, de discipline. Mais le rugby porte aussi des valeurs de loyauté et d’amitié qu’on n’est pas aussi certain de trouver partout. Quant à la gouaille, à l’ironie, à l’imagination et à la subversion, il est douteux qu’on les rencontre souvent. De même, la fête, avec ses mauvaises manières de gamins du peuple et les excès de la troisième mi-temps, est sensiblement transformée dans la fête commerciale qui associe le champagne et le costume de ville. Et l’ennui gagne devant des rencontres où la « peur de perdre » amène à limiter les risques, à bannir l’inspiration qui s’affranchirait des schémas préétablis par les entraîneurs. En somme à obéir.

Alain Garrigou - Le Diplo
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| L'affaire des T-shirts terroristes
Emblématique, cette affaire des « tee-shirts terroristes » qui vient de connaître son épilogue devant la justice de Copenhague après avoir défrayé la chronique durant plus de trois mois ! Un marchand de saucisses de 56 ans, un enseignant, un fonctionnaire, un vendeur de photocopies, un passionné d’informatique et deux étudiants ont été accusés d’avoir voulu financer le terrorisme. Diable !
Membres de l’association « Fighters + Lovers » , les sept Danois avaient eu l’idée de promouvoir, via Internet, l’achat de tee-shirts garnis des logos du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) ou des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). Lorsque chacun d’eux a vu, un beau matin, débarquer à son domicile les Rambos de la lutte antiterroriste, ils avaient déjà vendu 600 tee-shirts à la déco révolutionnaire. Mais les mouvements palestinien ou colombien n’avaient pas encore pu recevoir quoi que ce soit. Et l’argent récolté de même que le stock restant de tee-shirts furent saisis sur le champ, comme produits du crime ou comme pièces à conviction. Traînés devant un tribunal, ils ont expliqué que, sur le prix de vente de chaque pièce décorée, 5 euros étaient destinés à financer l’achat de matériel logistique (comme des émetteurs pour des stations de radio). Résultat des courses : le parquet danois a requis leur condamnation pour « financement d’activités terroristes » . Le procès fut palpitant : le tribunal entendit des experts et des témoins, cités par l’accusation et par la défense, sur la question de savoir si le FPLP et les FARC étaient des mouvements terroristes ou, au contraire, des organisations de résistance légitime à l’occupation israélienne ou au régime qualifié par beaucoup de dictatorial en place à Bogota. Les juges danois furent ainsi obligés, vu la volonté du parquet de criminaliser la vente des tee-shirts « diaboliques », de se pencher sur des questions de géopolitique on ne peut plus brûlantes, comme la légalité de l’occupation des territoires palestiniens par Israël ou le caractère démocratique du gouvernement colombien !

Au même moment, se déroulait à Anvers (Belgique) le nouveau procès des militants ou sympathisants belges (ou résidents) du DHKP-C turc. Sans qu’on ne leur reproche une quelconque action violente où que ce soit, une poignée de militants de gauche - dont les figures de proue sont Ferhye Erdal et Bahar Kimyongür - ont été détenus préventivement , puis condamnés chacun à plusieurs années de prison par le tribunal correctionnel de Bruges, d’abord, puis par la Cour d’appel de Gand, pour soutien à une organisation terroriste . La condamnation a été annulée par la Cour de cassation, d’où un nouveau procès à Anvers avec un arrêt annoncé pour le 20 décembre puis reporté au 19 janvier. Bahar Kimyongür risque gros car le parquet fédéral en fait une espèce de tête pensante du DHKP-C . Son crime ? Avoir traduit dans nos langues encore nationales des communiqués du parti turc d’extrême gauche dont il se déclare sympathisant et que l’Etat turc veut anéantir sans que ses membres ne puissent trouver asile nulle part.

Traduction de textes appelant à la résistance ou à la lutte armée , d’un côté. Vente de tee-shirts aux logos révolutionnaires, de l’autre. Le parallélisme est aisé autant qu’inquiétant. Depuis que Che Guevara est au Panthéon de tous les adolescents du monde , qui n’a pas vendu, distribué ou acheté des vêtements ou des objets à l’effigie du bouillant révolutionnaire argentin abattu par la C.I.A. américaine ? Imaginez qu’il soit encore vivant, Ernesto Guevara, qui n’avait pas une stratégie différente des FARC, du FPLP, ou du DHKP-C, serait nécessairement considéré comme terroriste par les nouveaux Mc Carthy qui, aux U.S.A. et chez tous leurs satellites, font la chasse aux sorcières vertes, noires et rouges... Résultat : tous les boutonneux rêvant de prendre le maquis aux côtés du Che pour combattre un monde injuste tomberaient dans les casseroles sécuritaires que l’on fait bouillir un peu partout depuis un certain 11 septembre…

En toute chose, il faut raison garder. Hé bien c’est ce que les juges danois ont fait ! Le 13 décembre dernier, ils ont acquitté les sept « combattants + amoureux ». Le « ouf » de soulagement est planétaire et sort des poitrines de tous les partisans de la liberté d’expression et de tous les militants du monde. Frappé au coin d’un gros bon sens, le jugement danois ne dit rien de l’occupation des territoires palestiniens par Israël, ni du degré de démocratie du régime colombien. Il se contente de constater que les vendeurs de tee-shirts combattants et amoureux n’ont pas eu « l’intention de déstabiliser la société »… Reste à Bahar Kimyongür et à tous ceux qui veulent que chacun puisse exprimer des idées, même si elles choquent, dérangent ou effraient, à espérer que les juges anversois auront la même placidité lucide que leurs homologues danois !

Jean-Marie DERMAGNE
Avocat, Bâtonnier du Barreau de Dinan
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