Savons-nous, finalement, POURQUOI LA CROISSANCE est "une obligation structurelle" de notre système économique actuel ? Cet impératif de "croissance perpétuelle" vient bien de quelque part, mais d'où exactement ? Faudrait-il aussi aller chercher du côté du mode de création de notre monnaie ? Oui ! Et c'est à ça que s'attelle le GT Monnaie.

"Si les gens de cette nation comprenaient notre système bancaire et monétaire, je crois qu'il y aurait une révolution avant demain matin" [Henry FORD (1863-1947), fondateur de la Ford Motor Company]

Actu : conférence-débat du GTM

Conférence-débat avec l'économiste Bernard Lietaer à la Pianofabriek (Saint-Gilles), organisée et modérée par le Groupe de Travail citoyen sur la Monnaie.

La crise bancaire et financière sévit à grande échelle. Elle fait la Une des journaux depuis quelques semaines et les citoyens s’inquiètent des répercussions actuelles, des répercussions à venir. Les gouvernements réagissent dans l’urgence, mais les solutions mises en œuvre sont-elles vraiment de nature à stabiliser le système ?



Bernard Lietaer exposera son analyse, particulièrement du point de vue de l’instabilité intrinsèque de notre système financier et monétaire. Cette analyse le conduit aujourd’hui à faire des propositions sur les monnaies complémentaires, propositions par ailleurs confortées par au moins une expérience qui a fait ses preuves dans la durée en Suisse.

L’exposé sera suivi d’un débat. Afin de tirer le maximum de profit de cet échange, il est proposé aux participant(e)s de prendre connaissance des textes publiés sur le site lietaer.com, en particulier le White Paper. Ce document est en anglais, mais nous donnons la traduction de son résumé plus bas.

Il n’est pas nécessaire d’être expert en économie financière pour assister à la présentation, débattre intelligemment sur le sujet ou encore s’approprier des connaissances éclairantes sur les questions monétaires. L’un des fondements du GTM repose d’ailleurs sur la réappropriation par les citoyens des questions économiques fondamentales.

Pratico-pratique

Où ? Centre culturel De Pianofabriek, 35a rue du Fort à Saint-Gilles. (La salle et l’étage seront indiqués à l’entrée de la Pianofabriek.)
Quand ? Le jeudi 6 novembre 2008, de 18 à 19h30’ + discussion informelle au bar du rez-de-chaussée après le débat.
PAF ? Entrée libre, mais une participation de soutien sera bienvenue.
Comment s’y rendre ?
- En train : Gare du Midi (10/15 minutes à pieds)
- En métro : ligne 2 station Porte de Hal
- En tram : 81/83 arrêt Guillaume Tell ou Barrière, 3/4/33/51 arrêt Parvis de Saint-Gilles ou Barrière, 97 arrêt Barrière.
- En bus : 48 arrêt Parvis de Saint-Gilles ou Barrière.

Qui organise ?

Le Groupe de Travail citoyen sur la Monnaie (GT MONNAIE) a été lancé en 2007 afin de rassembler, en Belgique francophone, des personnes intéressées à comprendre le fonctionnement de notre système monétaire et financier actuel, et à investir les différentes pensées alternatives qui existent. Groupe pluraliste, non-partisant et ouvert à tous, composé de personnalités indépendantes qui s’intéressent à la question monétaire, le GTM se veut dans un premier temps un groupe de réflexion. Il deviendra également bientôt un groupe de sensibilisation et d'action vers l'extérieur.

Qui c'est, Lietaer ?

Bernard Lietaer, économiste bruxellois, a été actif dans le domaine des systèmes monétaires durant 30 ans avec une très grande variété de fonctions. A la Banque Nationale de Belgique, il était responsable pour la mise en œuvre du mécanisme de convergence (ECU) vers le système européen de monnaie unique. Durant cette période, il était également président du système belge de paiement électronique. Son expérience de consultant dans les questions monétaires sur quatre continents s’étend des entreprises multinationales aux pays en voie de développement. Il a été General Manager, co-fondateur et Chief Currency Trader du hedge fund GAIA, un des plus grands fonds off-shore, période durant laquelle Business Week l’a reconnu comme le « plus grand opérateur mondial sur les devises » (1992). Il est l’auteur de 14 livres traduits en 5 langues. The Future of Money, son ouvrage principal, a été traduit en 18 langues. Plus d’informations sur l’auteur sont disponibles sur son site web. Aujourd’hui, il travaille entre autres au Center for Sustainable Resources de l'Université de Californie (Berkeley).

Résumé du White Paper on Systemic Bank_Crises

(François Lietard, version augmentée d'octobre 2008)

La crise financière qui se déroule n’est pas le résultat d’une défaillance cyclique ou managériale, mais de nature structurelle. Une première explication de cette affirmation est qu’il y déjà eu plus de 96 autres crises bancaires majeures durant les 20 dernières années, et que ces crises se sont déroulées sous des régimes de régulations très variés et à divers stages du développement économique. Nous devons d’urgence trouver de meilleures solutions car la dernière fois que nous avons expérimenté une défaillance de cette envergure, la Grande Dépression des années 1930, cela s’est terminé par une vague de fascisme et la seconde guerre mondiale. Cependant à ce jour, les solutions conventionnelles mises en œuvre - nationalisation des créances problématiques (comme dans le plan original de rescousse de Paulson) ou nationalisation des banques (comme en Europe) – ne traitent que les symptômes et non les causes systémiques des crises bancaires actuelles. De même, la re-régulation financière qui sera à l’agenda de chacun réussira, au mieux, à réduire la fréquence de telles crises, mais ne pourra éviter leur réapparition.

La bonne nouvelle est qu’une compréhension systémique et solution technique sont maintenant disponibles pour garantir que de telles crises deviennent des phénomènes du passé. Une percée conceptuelle récente, qui dérive son approche d’eco-systèmes équilibrés, structurellement sain et très performants, prouve que tous les systèmes complexes, y compris nos systèmes monétaires et financiers, deviennent structurellement instables chaque fois que l’accent est prioritairement mis sur l’efficience aux dépens de la diversité, l’interconnectivité et la résilience si cruciale qu’elles apportent. Dans notre cas, la viabilité implique de diversifier nos types de monnaies et d’institutions, et d’en introduire de nouvelles qui sont conçues spécifiquement pour augmenter l’approvisionnement de monnaie dans sa fonction primitive de moyen d’échange, plutôt que celles d’épargne et de spéculation. De plus, ces monnaies sont spécifiquement conçues pour mettre en relation ce qui resteraient autrement des ressources inutilisées et des besoins non rencontrés, dans une communauté, une région ou un pays. Ces monnaies sont désignées comme « complémentaires » parce qu’elles ne remplacent pas la monnaie nationale conventionnelle, mais agit plutôt en parallèle avec elle.

La manière la plus efficace pour les gouvernements de promouvoir une telle stratégie d’écologie monétaire variée et durable consisterait à accepter une monnaie complémentaire sélectionnée avec attention et robuste pour le paiement partiel des taxes pendant la période où les banques ne sont plus en mesure de financer de manière suffisante l’économie réelle. Le choix de la monnaie complémentaire à accepter dépendra de critères techniques (robustesse et résilience contre la fraude) et politiques (quels types d’activité est-il souhaitable d’encourager). Nous recommandons pour une première sélection dans ce rôle une monnaie complémentaire inter-entreprises (« business-to-business », ou B2B), sur le modèle du système WIR qui est en fonction avec succès depuis 75 ans en Suisse, impliquant un quart de toutes les affaires de ce pays. Ce système a été reconnu par une analyse économétrique américaine comme un facteur stabilisateur contra-cyclique majeur qui explique la proverbiale stabilité de l’économie Suisse.

(traduction approximative : GTM)


Késako, le "GT Monnaie" ?

Le Groupe de Travail citoyen sur la Monnaie (GT MONNAIE) a été lancé en novembre 2007 afin de rassembler, en Belgique francophone, des personnes intéressées à comprendre le fonctionnement de notre système monétaire et financier actuel, et à investir les différentes pensées alternatives qui existent. S'il se veut être dans un premier temps un groupe de réflexion, le GT deviendra également rapidement un groupe de sensibilisation et d'action vers l'extérieur.

De nombreux mouvements de militance s'activent avec plaisir et détermination pour proposer de nouveaux paradigmes économiques, sociaux et environnementaux, davantage en adéquation avec leurs aspirations éthiques. Par delà les différentes sensibilités, le GT MONNAIE souhaiterait quant à lui attirer l'attention de ces multiples mouvements militants sur la question de l'argent, sur ce socle et moteur monétaire commun qui conditionne la production et les échanges entre les hommes et les femmes, et qui nous semble être le dénominateur commun d'un certain nombre de problématiques plus périphériques.

Le GT MONNAIE se proposera, entre autres, de sensibiliser le grand public à la véritable nature de la monnaie. Le GT se questionnera, s'interrogera sur ce qui gère de plus en plus le quotidien de tout un chacun et qui semble pourtant lui échapper, à savoir l'argent. D’où vient-il? A quoi sert-il? Quel(s) est (sont) son (ses) rôle(s)? Qui le produit (est-ce coûteux) ? Pour qui? Dans quel but? Comment? Pourquoi? Est-il abondant? Est-il rare?

De grosses surprises sont au rendez-vous ...

Info : info[chez]gtmonnaie.be
Site web : http://www.gtmonnaie.be


Quelques mots sur la naissance, l'enfance et l'adolescence du "GT Monnaie"

Naissance Retour à la période D-marche 2007 : suite à l'atelier sur la monnaie qui s'est tenu le 22 juillet 2007 à Olloy-sur-Viroin au lendemain d'une longue journée de marche sous la pluie, un groupe de réflexion et de travail citoyen sur la monnaie (GT Monnaie) est né.

Enfance Depuis novembre 2007, le GT Monnaie rassemble une petite quinzaine d'intéressés par la question monétaire et ses alternatives crédibles, dont un groupe moteur (6/7 motivés) qui se réunit une fois par mois. Sur la liste de discussion interne, ça s'agite beaucoup entre les réunions formelles. On se pose des questions, s'échange les lectures et contacts utiles, se chauffe parfois le cerveau aux grandes problématiques économiques à débroussailler. Un des objectifs du groupe moteur : éclaircir et synthétiser la problématique dans l'idée de proposer un outil écrit de vulgarisation engagée et facile à lire qui démystifierait les grandes idées économiques... avant diffusion aux milieux militants intéressés.

Adolescence Depuis mars 2008, il est tout à fait possible de simplement faire part de son intérêt pour le sujet, se tenir informé de notre actualité et même de proposer de nouvelles activités autour de la question monétaire sans devoir participer pleinement à toutes les réunions et travaux préparatoires du groupe restreint qui planche sur la matière théorique. Celui-ci reste bien entendu ouvert à tous les motivés d'une approche plus académique (affectueusement baptisé GSM, pour Groupuscule des Sado-Masos, en allusion à la ténacité de ses membres, au travail qu'ils abattent et à leur courage face à la lecture de textes parfois un brin ardus).

Infos et contacts

- Plus d'informations, les dates de réunion et des docs en ligne sur le site du GT Monnaie
- Une page reprenant quelques réflexions sur la question monétaire est également en ligne sur le site demarche.org
- Le plus simple, finalement, c'est de nous envoyer un courriel à info[CHEZ]gtmonnaie.be. Le secrétaire de service du groupe ( , pour le moment) vous renseignera le plus rapidement possible, vous inscrira éventuellement sur notre liste de discussion et vous annoncera à la prochaine réunion si vous souhaitez y participer.

Un petit plus : 'Money as debt' (version sous-titrée)

Doc (animation) - 47min - 2006 - Paul Grignon (réal.) - VO st FR
Résumé : Une vidéo de Paul Grignon (2006) sur la création monétaire et le système bancaire, enfin sous-titrée en français.

Mais d'où vient donc l'argent ? Est-il présent en quantités limitées ? Est-ce bien le gouvernement qui le crée ? De grosses surprises sont au rendez-vous, dont un lien causal évident avec l'actuel et "indispensable" besoin de croissance économique continue...

Merci à Little Néo pour les sous-titres et à du Groupe de Travail sur la Monnaie pour la diffusion.


jiske | The monetarist school of economic assassins
Réalisme économique en Asie, aussi...Je ne pense pas que ça apprendra quoique ce soit aux "sado-maso" ;), mais si quelqu'un souhaite que je traduise l'article, ce sera avec plaisir.
Jiske

"Apr 18, 2008
The monetarist school of economic assassins
By The Mogambo Guru

Total Fed Credit, the actual source of the fabled Money From Thin Air (MFTA), was surprisingly down by US$8.7 billion last week, which is NOT the kind of thing you need if you are trying to buy your way out of the big stinking mess you have made. And you can believe me as a guy who has tried to buy his way out of a lot of embarrassing messes over the years!

First thing you do, usually, is carefully forge your wife's signature on some stupid forms so that you can quietly draw down your savings or tap the kids' college funds or something. Sure enough, the Fed's own stash of government debt was suddenly down another $28 billion last week, about 5% of their total stash gone in one week, as those Fed weenies flail around in their hysterical panic at the mess that they have made with their ridiculous neo-Keynesian, econometric theory and laughable computer models.

One of the supreme stupidities of the Federal Reserve is thinking


that there is no upper limit on debt, and now they believe that growth in asset prices via additional money and debt is more important than controlling inflation in consumer prices, which is caused by the additional money and debt! Hahahaha! Theater of the absurd at its best!

And it isn't just the Alan Greenspan and Ben Bernanke weenies, but also Milton Friedman, the "father of the monetarist school of economics", who never saw too much debt as a problem, and who only cautioned that the money supply should not grow too quickly. As Darryl Robert Schoon of drschoon.com writes:

Markets dependent on credit-based paper money produce increasing levels of debt until the amount of debt becomes unsustainable. This is where we are today. The growth, contraction and coming collapse of debt based credit markets is Friedman's legacy, not free markets. Friedman's theories gave bankers the intellectual cover they needed to indebt America beyond its ability to repay and indeed survive. Hailed as the champion of the free market, Milton Friedman was, instead, its leading assassin.

As a result of all of this monetary madness in the past year alone, the dollar is down roughly 20% in comparative purchasing power against key currencies! In one year! What this means to you and me is that, on a stand-still basis for foreign exporters, we would have to pay prices that are 20% higher for our imports, just for them to break even when converting dollars back into their native currencies! Hahaha! We pay more for things! Welcome to the hell of a falling currency!

But there is so much panic that the Fed and the government are doing weird things, and sure enough, even a cursory glance at the repo market, as made handy at 321Gold.com, shows that absolutely astonishing sums of money are flying around through the banks, being lent on a short-term basis, to the tune of (hold onto your freaking hat!) $40 billion per DAY! And more! Per day!

And all of the money being pounded into the economy by the federal government and the Federal Reserve is finally making the prices of commodities rise in a general inflation.

But with all this new money being created by the central banks looking for somewhere to go, the world is not producing any more commodities, as we learn from an interview of Jimmy Rogers, identified as a "private investor" in Barron's this week, who says, "the commodities market started in early 1999. But nobody had brought on any new supply of anything in the last 25 or 30 years. The last gigantic oil field was discovered in the 1960s. The number of acres devoted to wheat farming has been declining for more than 30 years. Food inventories are the lowest they've been in 60 years."

In short, be prepared for huge inflations in food prices, and generally all commodities, too, which will get so bad that it will "end in a bubble and hysteria", which he figures will peak in 2018. Maybe.

Anyway, he summarizes that "the real problem is that our foreign debt is increasing at a rate of $1 trillion every 15 months". Yikes! He's right!

Richard Daughty is general partner and COO for Smith Consultant Group, serving the financial and medical communities, and the editor of The Mogambo Guru economic newsletter - an avocational exercise to heap disrespect on those who desperately deserve it.

(Republished with permission from The Daily Reckoning. Copyright 2008, The Daily Reckoning.)"
http://www.atimes.com/atimes/Global_Economy/JD18Dj01.html
Publication: 2008-04-20 16:57:36
Inconnu
Lucie | Des courageux! (1 Réponses)
Sympa de voir que quelques courageux s'attaquent à une question aussi "dure" et qu'ils font apparemment partie d'un groupe de personnes qui pensent autrement. La pensée unique aux penseurs formatés, la question de l'argent aux financiers, la politique aux seuls politiciens ? C'est fini !

Je trouve chouette que vous lanciez un travail comme celui-la. Bravo.

Lucie (Namur)
Publication: 2008-04-10 11:23:02
LaurentDombret | Du plaisir
Salut Lucie,

Merci pour l'encouragement ! Bah, l'(en)jeu en vaut la chandelle je crois, et ça procure du plaisir d'avoir l'impression de se sentir "moins con" (dixit Bastien) :-)

N'hésite pas ...
Laurent
Publication: 2008-04-12 20:03:10
jiske | «Les instruments de bord restent fixés sur la voie du productivisme» (2 Réponses)
There will be a light...

«Les instruments de bord restent fixés sur la voie du productivisme»
Patrick Viveret, conseiller à la Cour des comptes.
Recueilli par CHRISTIAN LOSSON et CHRISTIAN CHAVAGNEUX (Alternatives économiques)
Libération: lundi 31 mars 2008


En janvier, Nicolas Sarkozy a demandé à deux prix Nobel, l’Indien Amartya Sen et l’Américain Robert Stiglitz, de réfléchir aux instruments de mesures du bien-être. Manière de prendre acte du décalage entre indices de croissance classiques et ressenti des Français. Patrick Viveret, conseiller à la Cour des comptes et auteur de Reconsidérer la richesse (éditions de l’Aube, 2003), commente.

Nicolas Sarkozy confie une mission sur la refonte du calcul de la richesse à deux Nobel d’économie iconoclastes. Un symbole ?

C’est le symptôme du changement d’air du temps, produit du Grenelle de l’environnement, initié par la société civile. Plusieurs institutions internationales avaient ces dernières années travaillé sur le sujet. Nicolas Sarkozy, avec l’onction de Stiglitz et Sen, y ajoute une dimension internationale symbolique.

Pourquoi la mesure du produit national brut ne suffit-elle plus ?

Parce que les agrégats de la comptabilité nationale ont été pensés dans un autre contexte : celui de la reconstruction industrielle d’après-guerre. Laquelle ignorait la question de l’environnement et celle des services, l’éducation et la santé en particulier.

Comment aboutir à ces nouveaux indicateurs ?

Plusieurs pistes existent. Il y a eu d’abord l’approche des indicateurs de développement humain, initiés par le PNUD (Programme des Nations unies pour le développement) à partir des travaux théoriques d’Amartya Sen. D’autres approches, comme le produit intérieur brut vert, visent à soustraire de la richesse produite des éléments destructeurs - comme les catastrophes écologiques (Erika, Katrina) - comptabilisés positivement quand ils sont générateurs de flux monétaires (réparations, indemnisations…). D’autres approches privilégient les composantes sociales, telles le rôle du «capital social» associatif ou du travail domestique dans la création de valeur, pouvant peser jusqu’à 120 % du PIB, selon les travaux de l’INSEE conduits par Annie Fouquet ! De nouveaux indicateurs synthétiques, comme l’indice de santé sociale, permettent de nouvelles comparaisons entre les sociétés. D’autres interpellent les acteurs sociaux, comme le collectif pour un Québec sans pauvreté, à l’origine du «produit intérieur doux».

L’Elysée fait, d’un côté, la promotion du libéralisme et, de l’autre, remet en cause le calcul de cette création de richesses en enrôlant deux économistes critiques de la mondialisation…

C’est une contradiction, certes, mais elle constitue un progrès sur la dénégation (le dogme de la croissance à tout prix, sa logique d’insoutenabilité environnementale, sociale ou civilisationnelle). A l’instar de la planète, qui se penche sur le réchauffement climatique à Bali mais laisse les institutions financières internationales camper dans la promotion du développement par la croissance à tout prix. L’Occident découvre qu’au jeu du laisser-faire, il va perdre la partie face aux pays émergents, portés par une forte démographie.

S’interroger sur de nouveaux indicateurs de richesse signifie-t-il le retour de la gouvernance, de la politique ?

Oui, à l’image de ce qu’imposent les enjeux climatiques ou la crise financière, il se dessine une phase de réhabilitation de l’action collective, de la gouvernance démocratique. On le voit à la sémantique actuelle, où les mots de planification, de régulation, de coopération, voire de taxation, hier honnis par la révolution conservatrice, font leur retour. On passe d’une phase historique de la mondialisation destinée à saper l’Etat-providence à une phase de crise de civilisation soluble par de nouvelles régulations planétaires. Des indices le disent, de la nobélisation du Giec, le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, à la directive européenne Reach sur les substances chimiques.

Nicolas Sarkozy, entre sa récupération de la crise de civilisation chère à Edgar Morin et son souhait de changer les critères de richesse, aurait-t-il anticipé cela ?

Le politique doit réassumer sa responsabilité régulatrice car nous assistons à l’échec d’un capitalisme financier devenu écologiquement et socialement insoutenable. Et ce sera de plus en plus vrai pour les entreprises elles-mêmes. Au début, elles ont intégré la dimension développement durable comme facteur de com. Elles commencent à comprendre qu’il s’agit de leur avenir, de leurs marchés menacés par la gravité de la crise écologique et financière.

Ces nouveaux thermomètres peuvent-ils changer nos modes de vie, de consommation, de production ?

Non. Cela ne suffit pas bien sûr. Mais posons la question à l’envers. Que se passerait-il si nous continuions avec nos indicateurs actuels ? On se trouve dans la situation d’un marin qui veut changer de cap, mais dont les instruments de bord restent fixés sur l’ancienne voie de la croissance productiviste. Il ne suffit pas de changer les indicateurs de richesse, il faut aussi modifier les comportements. La question du développement humain soutenable, marginale hier, est en train de devenir essentielle.
Publication: 2008-04-03 07:45:30
LaurentDombret | Ce que l'on appelle le
Merci pour la transmission de cet article, Jiske. Tu es français ?

"Il ne suffit pas de changer les indicateurs de richesse, il faut aussi modifier les comportements."

Oui, tout à fait. Et surtout assainir de fond en comble la logique entrepreneuriale.

L'action militante doit je pense s'évertuer à concentrer de l'énergie sur ce que l'on appelle actuellement le "coût de production". Et sur ce qu'il pourrait représenter dans le futur.

Coût de quelle nature (travail humain ou des machines, pollution environnementale ou psychique, coût des matières premières (lien avec la propriété privée (illégitime selon moi) de la croute terrestre et de ses ressources naturelles) ? Coût pour qui ?

Le coût est souvent objectivé par un montant de monnaie. C'est aussi en cela que la circulation monétaire doit se doter de nouveaux repères, de nouveaux incitatifs, de nouveaux conditionnements.

Certains membres du GT, dont moi, sont fort sensibles aux concepts amenés par l'écosociétalisme (www.societal.org) ...


Pour le GTmonnaie
Laurent
Publication: 2008-04-05 22:04:08
jiske | re:
"Tu es français ?"

Européen...européen.

Ou terrien, en fait...certainement rien à fiche du concept de nation...
Publication: 2008-04-18 11:09:27