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«Les instruments de bord restent fixés sur la voie du productivisme»

[ Modifier ] * Proposé par (... et vous?)* Dernière modification le 03 Avril 2008 à 07h45
There will be a light...

«Les instruments de bord restent fixés sur la voie du productivisme»
Patrick Viveret, conseiller à la Cour des comptes.
Recueilli par CHRISTIAN LOSSON et CHRISTIAN CHAVAGNEUX (Alternatives économiques)
Libération: lundi 31 mars 2008


En janvier, Nicolas Sarkozy a demandé à deux prix Nobel, l’Indien Amartya Sen et l’Américain Robert Stiglitz, de réfléchir aux instruments de mesures du bien-être. Manière de prendre acte du décalage entre indices de croissance classiques et ressenti des Français. Patrick Viveret, conseiller à la Cour des comptes et auteur de Reconsidérer la richesse (éditions de l’Aube, 2003), commente.

Nicolas Sarkozy confie une mission sur la refonte du calcul de la richesse à deux Nobel d’économie iconoclastes. Un symbole ?

C’est le symptôme du changement d’air du temps, produit du Grenelle de l’environnement, initié par la société civile. Plusieurs institutions internationales avaient ces dernières années travaillé sur le sujet. Nicolas Sarkozy, avec l’onction de Stiglitz et Sen, y ajoute une dimension internationale symbolique.

Pourquoi la mesure du produit national brut ne suffit-elle plus ?

Parce que les agrégats de la comptabilité nationale ont été pensés dans un autre contexte : celui de la reconstruction industrielle d’après-guerre. Laquelle ignorait la question de l’environnement et celle des services, l’éducation et la santé en particulier.

Comment aboutir à ces nouveaux indicateurs ?

Plusieurs pistes existent. Il y a eu d’abord l’approche des indicateurs de développement humain, initiés par le PNUD (Programme des Nations unies pour le développement) à partir des travaux théoriques d’Amartya Sen. D’autres approches, comme le produit intérieur brut vert, visent à soustraire de la richesse produite des éléments destructeurs - comme les catastrophes écologiques (Erika, Katrina) - comptabilisés positivement quand ils sont générateurs de flux monétaires (réparations, indemnisations…). D’autres approches privilégient les composantes sociales, telles le rôle du «capital social» associatif ou du travail domestique dans la création de valeur, pouvant peser jusqu’à 120 % du PIB, selon les travaux de l’INSEE conduits par Annie Fouquet ! De nouveaux indicateurs synthétiques, comme l’indice de santé sociale, permettent de nouvelles comparaisons entre les sociétés. D’autres interpellent les acteurs sociaux, comme le collectif pour un Québec sans pauvreté, à l’origine du «produit intérieur doux».

L’Elysée fait, d’un côté, la promotion du libéralisme et, de l’autre, remet en cause le calcul de cette création de richesses en enrôlant deux économistes critiques de la mondialisation…

C’est une contradiction, certes, mais elle constitue un progrès sur la dénégation (le dogme de la croissance à tout prix, sa logique d’insoutenabilité environnementale, sociale ou civilisationnelle). A l’instar de la planète, qui se penche sur le réchauffement climatique à Bali mais laisse les institutions financières internationales camper dans la promotion du développement par la croissance à tout prix. L’Occident découvre qu’au jeu du laisser-faire, il va perdre la partie face aux pays émergents, portés par une forte démographie.

S’interroger sur de nouveaux indicateurs de richesse signifie-t-il le retour de la gouvernance, de la politique ?

Oui, à l’image de ce qu’imposent les enjeux climatiques ou la crise financière, il se dessine une phase de réhabilitation de l’action collective, de la gouvernance démocratique. On le voit à la sémantique actuelle, où les mots de planification, de régulation, de coopération, voire de taxation, hier honnis par la révolution conservatrice, font leur retour. On passe d’une phase historique de la mondialisation destinée à saper l’Etat-providence à une phase de crise de civilisation soluble par de nouvelles régulations planétaires. Des indices le disent, de la nobélisation du Giec, le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, à la directive européenne Reach sur les substances chimiques.

Nicolas Sarkozy, entre sa récupération de la crise de civilisation chère à Edgar Morin et son souhait de changer les critères de richesse, aurait-t-il anticipé cela ?

Le politique doit réassumer sa responsabilité régulatrice car nous assistons à l’échec d’un capitalisme financier devenu écologiquement et socialement insoutenable. Et ce sera de plus en plus vrai pour les entreprises elles-mêmes. Au début, elles ont intégré la dimension développement durable comme facteur de com. Elles commencent à comprendre qu’il s’agit de leur avenir, de leurs marchés menacés par la gravité de la crise écologique et financière.

Ces nouveaux thermomètres peuvent-ils changer nos modes de vie, de consommation, de production ?

Non. Cela ne suffit pas bien sûr. Mais posons la question à l’envers. Que se passerait-il si nous continuions avec nos indicateurs actuels ? On se trouve dans la situation d’un marin qui veut changer de cap, mais dont les instruments de bord restent fixés sur l’ancienne voie de la croissance productiviste. Il ne suffit pas de changer les indicateurs de richesse, il faut aussi modifier les comportements. La question du développement humain soutenable, marginale hier, est en train de devenir essentielle.
| re:
"Tu es français ?"

Européen...européen.

Ou terrien, en fait...certainement rien à fiche du concept de nation...
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| Ce que l'on appelle le
Merci pour la transmission de cet article, Jiske. Tu es français ?

"Il ne suffit pas de changer les indicateurs de richesse, il faut aussi modifier les comportements."

Oui, tout à fait. Et surtout assainir de fond en comble la logique entrepreneuriale.

L'action militante doit je pense s'évertuer à concentrer de l'énergie sur ce que l'on appelle actuellement le "coût de production". Et sur ce qu'il pourrait représenter dans le futur.

Coût de quelle nature (travail humain ou des machines, pollution environnementale ou psychique, coût des matières premières (lien avec la propriété privée (illégitime selon moi) de la croute terrestre et de ses ressources naturelles) ? Coût pour qui ?

Le coût est souvent objectivé par un montant de monnaie. C'est aussi en cela que la circulation monétaire doit se doter de nouveaux repères, de nouveaux incitatifs, de nouveaux conditionnements.

Certains membres du GT, dont moi, sont fort sensibles aux concepts amenés par l'écosociétalisme (www.societal.org) ...


Pour le GTmonnaie
Laurent
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