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Bonjour,
Voici le texte que j'ai lu avec ma soeur lors de la messe d'enterrement de Jean-François.
Bien cordialement,
Pierre Carbonnelle
Jean François, Pourquoi ?
Tu étais le complice de mon enfance. Avec toi, j’ai fait du catch, inventé des cachettes, dévalé le jardin en chariot, grimpé dans les arbres, cascadé en vélo, fumé ma première cigarette…et mille autres bêtises.
Tu étais notre grand frère, le fils aîné, l’héritier du nom, tant attendu par un père qui avait eu cinq sœurs. Tellement attachant avec ton rire si communicatif
Le chouchou de Bonne Maman qui j’en suis sûre te serre aujourd’hui dans ses bras.
Difficile, insoumis, tu l’étais déjà quand tu étais petit,
Tu refusais toute forme de contrainte et de concession,
Que d’incompréhensions, que d’affrontements en ont résulté !
Qu’il était difficile de te faire comprendre qu’on t’aimait, tel que tu étais, même en colère !
Car, dans ces affrontements, c’est l’amour qui cherchait à s’exprimer… des 2 côtés !
Pourquoi a-t-il fallu que tu rencontres la drogue, fasse cette lente descente aux enfers, l’expérience de la mort et de la prison qui t’ont éloigné de nous qui ne comprenions pas ? Dans quels chemins as-tu mené Papa et Maman. Que de chagrin, d’angoisse, de remise en questions, de recherches pour ne pas te perdre…
Et puis tu as fait la cure de désintoxication avec Papa et Maman à tes côtés. Quelle volonté il t’a fallu pour suivre cette cure, quel courage aussi… Vaincre ses assuétudes, tout le monde sait combien c’est difficile !
Les souffrances que tu as rencontrées, les décisions que tu as prises, ont chacune bousculé nos habitudes et ébranlé nos certitudes.
Elles nous ont forcés - nous, tes parents, tes frères et sœurs, tes neveux et nièces - à cheminer et à devenir ce que nous sommes …
Avec l’aide du Dr Devos, tu avais retrouvé une certaine sérénité. Grâce à ton habilité et à ton sens pratique, tu t’étais installé un chez toi confortable, tu avais retrouvé le plaisir des contacts humains, tu es tombé amoureux, tu as renoué avec nous des liens de tendresses, de rejets et de provocations, tu as retrouvé la Foi. Tu as milité avec le parti Vivant pour l’allocation universelle. Tu t’es généreusement dévoué aux autres dans des œuvres caritatives: l’armée du Salut, la Paroisse, Faim et Froid, Le Tournesol, ….tu t’es créé un jardin.
Pourquoi est-ce que la vie devient trop lourde à porter quand on a un cœur grand comme ça ?
Pourquoi toi qui étais « bon comme le pain », toi « qui avait le cœur sur la main », pourquoi te sentais-tu si seul ?
Pourquoi toi qui avais tant à donner, ne pouvais-tu pas recevoir ?
Pourquoi est-ce qu’un jour tout a dérapé ?
Tu t’es investi d’une mission : tu devais sauver la terre. Tu t’es lancé corps et âme dans l’alter-mondialisme, la décroissance, Carolo tous à vélo, la défense des « Sans Terre » : tu allais changer le monde mais le monde ne t’a pas suivi. Ta vie a perdu son sens, tu as eu peur de la folie des hommes, tu n’as plus cru en l’avenir, tu as perdu la Foi.
Tu as voulu rester maître de ta mort, tu l’as assumée les poings serrés avec courage et détermination. Avec toi, nous nous attendions à tout, mais pas à ça.
Jean-François, il y a encore d’autres questions qui nous taraudent :
Pourquoi n’avons-nous pas pu mieux t’aider dans toutes ces épreuves ?
Pourquoi l’amour de tes parents, celui de ta famille et de tes amis n’a-t-il pas fait le poids face à tes blessures d'hier et d’aujourd’hui?
Nous n'aurons jamais de réponse à toutes les questions que ton acte nous pose. Nous ne pouvons bien sûr approuver ton geste.
Il nous fait trop mal, il nous prive de toi.
Mais nous respectons ton choix et nous te pardonnons, parce que nous t'aimons.
Nous sommes tristes… nous aurions tant voulu que tout cela te soit épargné !
Nous aurions tant voulu pouvoir te soulager pour que le poids te soit moins lourd à porter…
Maintenant, c’est nous qui avons besoin de toi, pour que nous nous pardonnions.
Veille sur nous et repose en paix.
Je l'ouvre, la nouvelle tombe. Je pleure...
Non, Jeff, je ne te connaissais pas beaucoup. La première fois que je t'ai vu, tu étais plein de couleur, des ailes d'ange dans le dos et presque nu sur un vélo. Je t'ai interviewé pour une émission radio...le contact est passé. Tu as souri et c'était bien de parler tout simplement, avec ou sans micro.
Puis, je t'ai retrouvé sur la marche...déterminé et avalant des kilomètres...
Depuis je ne t'ai plus croisé sur mon chemin et il n'y aura plus de hasards pour que cela se reproduise.
Je ne sais pas pourquoi tu es parti, personne ne le saura jamais.
J'espère que tu es heureux là où tu es.
Je pense à ta famille, à tes amis et leur envoie toutes mes pensées.
Non, je ne te connaissais pas vraiment mais je sais que le monde perd quelqu'un de précieux, parce que des gens vrais comme toi, on n'en trouve pas à tous les coins de rues.
Ciao Jeff...
Et beaucoup de courage à vous...