Un mouvement contre les femmes. Identifier et combattre le masculinisme
Introduction
par
Brochure antimasculiniste, 19 janvier 2010
Cette brochure propose de décrire le
mouvement masculiniste dans son ensemble, ses origines, ses positions, en s’appuyant notamment sur le cas québécois. On peut définir de manière synthétique le masculinisme comme une réaction d’hommes hostiles au féminisme et à l’émancipation des femmes.
Aussi, pour aborder le masculinisme, il est nécessaire de revenir sur le féminisme et sa réception par les hommes. Le terme féministe est apparu au cours du XIXe siècle pour désigner des mouvements de libération des femmes. Plus près de nous, le féminisme dit de la « deuxième vague » a apporté à la fin des années 1960 de nouvelles théories politiques, de nouvelles revendications, de nouvelles avancées. Le patriarcat est explicitement nommé et désigné comme ennemi principal. L’exploitation et l’appropriation des femmes par les hommes sont théorisées et décrites pour mettre en lumière l’oppression des femmes.
Il serait trop long ici de rendre compte correctement des différents courants du féminisme actuel. Nous reviendrons dans la première partie sur le féminisme radical, matérialiste, car c’est le courant avec lequel nous [1] avons le plus d’affinités, qui nous a servi à appréhender le patriarcat et à écrire cette brochure.
Quelques années après le renouveau du féminisme, certains hommes interpellés par ce mouvement ont mis en place des groupes de parole et inventé le mot masculinisme, désignant au départ la version masculine de la libération des femmes. La deuxième partie de cette brochure reviendra sur leur histoire, leur évolution politique. Il s’agissait alors d’une volonté de s’émanciper d’une éducation et de règles contraignant les garçons à devoir tenir le « rôle » d’homme, à s’approprier les attributs traditionnellement associés au genre masculin comme la force physique, le contrôle de la parole, l’occupation de l’espace public, l’hétérosexualité dite active, avec pénétration vaginale...
De nombreux débats ont conduit ces groupes à affiner leur positionnement politique. Le mot masculiniste était de plus en plus utilisé par des hommes se révélant hostiles au féminisme. Pour s’en distancier et affirmer un positionnement favorable au féminisme, d’autres hommes ont créé au cours des années 1990 les termes antisexiste, proféministe puis anti-masculiniste.
Le mot masculinisme désigne aujourd’hui ce discours antiféministe élaboré dès les années 1980. Les hommes qui s’en revendiquent répondent aux analyses et revendications féministes en remettant en avant les hommes, en déniant tout intérêt aux luttes des femmes, en ignorant volontairement, voire en contestant l’existence des violences masculines et de la structure patriarcale.
Le masculinisme est aussi une forme de mépris, de haine des femmes en général. Cette aversion ne sort pas de nulle part. Elle reflète le fait que les hommes sont conscients d’avoir des privilèges dans nos sociétés patriarcales, et que les défendre implique de dénigrer les femmes. Ce qui explique l’adhésion massive des hommes aux discours masculinistes et qui implique qu’il est impossible de restreindre le phénomène masculiniste aux seuls hommes qui s’en réclament.
Le discours masculiniste fait partie des idéologies réactionnaires qui, depuis les années 1980, s’opposent au politiquement correct (pc) : « Le Politically Correct ou PC (Politiquement Correct) vient des Etats Unis, plus précisément des milieux universitaires de gauche. Le terme political fait référence au fait que les relations interpersonnelles s’inscrivent dans un contexte social général et par la même deviennent politiques. » [2].
La droite néoconservatrice étasunienne va contrer cette remise en cause en déformant la signification première du mot : à tel point qu’aujourd’hui, le politiquement correct n’est plus utilisé que comme une référence négative, renvoyant à une dictature de la pensée. Les croyances propagées par les anti-politiquement correct peuvent se résumer à l’idée que les minorités ont le pouvoir aujourd’hui, qu’elles menacent la cohésion républicaine voir l’unité des luttes [3]. Pire, le groupe dominant, celui des hommes-blancs-bourgeois-hétérosexuels connaîtrait un diktat de la part des groupes minorisés.
Du fait de la propagande « anti politiquement correct », il n’est pas très surprenant que le mythe masculiniste selon lequel les hommes seraient en crise ait des facilités à s’imposer dans les esprits. Selon cette idée, les hommes vivraient dans le mal-être permanent, dans une crise identitaire profonde, de leur virilité, de ce qui ferait d’eux des hommes.
et les femmes ?
Et les femmes, en premier lieu les féministes, seraient les responsables de cette « crise ». Le masculinisme présente ainsi la société occidentale comme connaissant une féminisation dangereuse de la société toute entière, voire une domination des femmes sur les hommes dans une ou plusieurs sphères de la société ; il se focalise sur et seulement sur la vie des hommes dans ses différents aspects.
Le masculinisme, c’est aussi un réseau de groupes d’hommes qui s’est développé depuis le début des années 1980, en réaction hostile au féminisme et à ses acquis sociaux. Ces acquis sont, par exemple, en france, l’autorisation de la contraception (loi Neuwirth en 1967), le droit à l’Interruption Volontaire de Grossesse (loi Veil en 1975), où le droit au divorce par consentement mutuel (1975).
Le mouvement masculiniste québécois est particulièrement actif et visible. La troisième partie lui est consacrée, et devrait permettre de prendre la mesure du virage réactionnaire dans lequel ces réseaux veulent entraîner la société. Elle doit beaucoup à l’ouvrage collectif, Le mouvement masculiniste au Québec [4]. Sans lui, l’identification des groupes, des mythes masculinistes québécois et leur dénonciation argumentée auraient été beaucoup plus difficiles.
Si au pays des droits de l’homme le masculinisme peut sembler peu actif, la dernière partie montrera qu’il n’en est rien, et qu’ici aussi ses propagandistes sont à l’œuvre. Les militants masculinistes disent parfois se battre « pour les droits des hommes ». Il existe actuellement un réseau masculiniste qui fait pression auprès des politiques. On y croise des associations de défense des droits des pères, des publicitaires acharnés des « hommes battus », des experts-psychiatres, des pseudo-intellectuels, des journalistes-essayistes... Leur but, quelquefois avoué mais généralement caché, est de revenir en arrière en matière de droits des femmes en participant activement à la vie publique, médiatique et institutionnelle.
Prendre le temps de connaître ce mouvement réactionnaire à l’égard des femmes et de leurs droits – et également à l’égard des enfants – a semblé nécessaire à un certain nombre de militantEs et chercheurEs pour mieux le démasquer et le combattre. Partageant cette conviction, nous avons eu envie de créer et diffuser cette brochure, et vous souhaitons d’avoir autant d’intérêt et de plaisir à la lire que nous en avons eu à la faire. Bonne lecture !
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